Les Grands Murins de Montfort-L’Amaury

Actualité 2012 : colonie stable, mais forte nuisance lumineuse
par Alexandre MARI, Atena 78

               
En 2012, le dénombrement à vue des Grands Murins en sortie de gîte (cf. Fig. 1) à été réalisé le 03 juillet en soirée, dans des conditions météorologiques favorables (ciel nuageux sans pluie, vent nul, t° mini de 12,9°C à 01h).

Trois intervenants (M.MARI et BAK du PNR et M.ROBINEAU de l'association ATENA 78) ont comptabilisé un total de 98 femelles sortantes entre 22h45 et 01h30. Ce chiffre est comparable aux effectifs dénombrés les années précédentes et illustre la stabilité de la colonie depuis sa découverte en 2008.



Le colmatage des fissurations du faitage du comble (trous d'envol habituels de la colonie) oblige désormais les Grands Murins à quitter le gîte en empruntant la grille amovible disposée à l'extrémité du comble. Outre la difficulté apparente qu'ont les Chiroptères à utiliser ce passage (nombreux " heurts " observés au contact des barreaux de la grille, dont l'intervalle a du être réduit à 8 cm pour tenter de limiter l'intrusion des pigeons), on soulignera surtout la gêne induite par l'éclairage de l'édifice.
La présence d'un puissant projecteur lumineux devant la grille du comble (Fig. 1) perturbe considérablement la sortie des Chiroptères (qui font d'incessants va-et-vient à l'intérieur du comble) et retarde leur sortie. Plusieurs individus ont même été observés sortant du comble puis opérant un retour inopiné au gîte, dès qu'ils pénètrent dans le cône d'incidence du projecteur.
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  Fig. 1 - Le comptage en sortie de gîte s'effectue à vue. Les effectifs sont relevés et le comportement des individus est noté. 
Le comptage des individus sortants, par tranche de 15' (cf. Fig. 2), révèle par ailleurs que seulement 40 individus ont quitté le gîte avant minuit. En conditions normales, toute la colonie devrait partir en chasse dans la plage horaire de 45' à 1h30 qui suit le coucher du soleil (heure légale à 21h57 le 03/07)...

Enfin, l'élément le plus frappant est l'interruption de l'illumination de l'édifice à 00h45 : dans les 15' qui ont suivi l'arrêt du projecteur, pas moins de 28 individus ont quitté le comble !  Cette heure tardive de sortie de gîte réduit considérablement le temps de chasse des femelles (perte de 1h30 à 2h par nuit !) à cette période de l'année particulièrement sensible d'allaitement des nouveau-nés. D'autant que le crépuscule est la période la plus favorable à l'activité des insectes nocturnes. Cette perte de temps n'est pas sans conséquence sur la capacité des femelles à se nourrir correctement et à produire les quantités suffisantes de lait nécessaires à la croissance et à l'émancipation des jeunes.
  Fig. 2 - L'étalement des sorties jusqu'à l'extinction du projecteur illustre sans équivoque l'impact particulièrement négatif de l'illumination nocturne de l'édifice 

Comme les années précédentes, la direction prise par les femelles au départ du gîte est renseignée (cf. Fig. 3). La majorité des individus (54 % ; n = 52) longe la toiture du comble (vol en " rase-mottes " au plus prés de la couverture) vers l'Est jusqu'à son extrémité avant de " plonger " plein sud en direction du massif forestier (cf. Fig.4). Une part importante de l'effectif (43% ; n = 42) s'engage par ailleurs en direction du Nord (cf. Fig.5) où ils gagnent aussitôt une zone d'ombre constituée entre les toitures des maisons du village. La place de l'église qui reste illuminée par les éclairages publics demeure peu empruntée par la colonie. 
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Fig. 3 - La dispersion des femelles de la colonie (n = 98) en sortie de gîte en 2012 s'équilibre suivant deux orientations majeures au Nord et à l'Est de l'église.

Après l'extinction de l'éclairage de l'église à 00h45, le comportement d'envol des chauves-souris est en revanche radicalement modifié, puisque la totalité des individus observés à partir de cet horaire (n = 37) s'engage exclusivement vers l'Est, alors que la toiture de l'édifice est désormais plongée dans l'obscurité.
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Fig. 4
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Fig. 5
A 1h30, après le comptage des femelles parties en chasse, une prospection du comble a été conduite, afin de procéder au dénombrement des jeunes restés au gîte. Pour limiter le dérangement, un ou plusieurs clichés numériques sont réalisés et le comptage des jeunes est effectué ultérieurement, à partir d'une visualisation des clichés sur l'écran de l'ordinateur. Ce dénombrement reste cependant souvent peu précis, en raison de la configuration du gîte et de la dispersion des jeunes dans le comble, dont une partie de l'effectif reste dissimulé derrière la poutre faitière. Il n'apporte donc qu'une valeur indicative et ne constitue pas un outil fiable pour évaluer l'importance et le succès de la reproduction.


Cette année, tous les jeunes Grands Murins étaient présents à l'intérieur du micro-comble conçu à leur intention, ce qui illustre parfaitement l'attrait thermique procuré par l'aménagement, en cette période estivale caractérisée par une importante instabilité météorologique. Seuls 21 individus ont pu être dénombrés avec certitude sur les clichés, auxquels il faut ajouter 7 individus volants à l'intérieur du comble, soit un total de 28 jeunes en 2012. Ce chiffre demeure une estimation a minima, car une partie des jeunes se réfugient derrière les poutres dès notre intrusion dans le comble. 
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Fig. 6 - La saison 2012 est marquée par un étalement des mises-bas et  en conséquence,  un retard de développement important pour certains jeunes :  ici un nouveau-né (cercle rouge) à l'écart des autres jeunes bien plus développés.

On notera qu'aucun cadavre frais de nouveaux-nés ni de juvéniles n'a été observé au sol (contre 5 en 2011), ce qui semble témoigner d'une bonne émancipation des jeunes, en dépit de la météorologie peu clémente des dernières semaines. En revanche, on remarque cette année un décalage important dans le développement des jeunes (cf. Fig. 6), avec des individus âgés de seulement quelques jours, alors que la plupart sont déjà volants. Ce phénomène est peu courant chez les Chiroptères et notamment chez le Grand Murin, dont les mises-bas au sein d'une même colonie sont habituellement très synchrones.

Comme chaque année, un suivi complémentaire (cf. Fig. 7 et 8) sera mené à l'automne, après le départ de la colonie vers les gîtes d'hiver. L'objectif est de contrôler a posteriori le nombre de cadavres de jeunes (nouveaux-nés, juvéniles, immatures) retrouvés au sol à l'intérieur du comble, pour apprécier véritablement la réussite de l'élevage et de l'émancipation des jeunes. A cette occasion, le guano produit par la colonie est prélevé puis pesé, pour comparaison d'une année sur l'autre.
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Fig. 7 et 8 - Collecte du guano et dénombrement des cadavres de jeunes Grands Murins en 2011.

Dernière mise à jour : mardi 23 avril 2019
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