Protéger l' Effraie, comment ? Les nichoirs

La Chouette effraie rencontre de grandes difficultés pour trouver le gîte favorable à la reproduction. Pour palier en partie cette pénurie de cavités, nous sommes amenés à fabriquer et installer des nichoirs.
1 - fabriquer des nichoirs
Les nichoirs pour Chouette effraie sont d'assez grande taille : plus ils sont spacieux et plus l'élevage des jeunes est confortable, permettant à ces derniers de commencer à battre des ailes et fortifier leur musculature avant l'envol.

Le bois :
Les nichoirs pour Effraie étant toujours installés à l'intérieur d'un bâtiment, donc à l'abri des intempéries, on peut se permettre d'utiliser un bois peu coûteux, tel que de l'aggloméré. Nous utilisons du " triply ", un agglo avec une colle supportant l'humidité.

La cloison de séparation :
Pour passer la journée au calme, l'Effraie recherche toujours des emplacements obscurs (ce qui ne veut pas dire qu'elle voit mal le jour). La particularité des nichoirs à Effraie est de prévoir une cloison intérieure, qui limite l'entrée de la lumière et constitue donc un couloir d'accès à la chambre de reproduction.

Le trou d'envol :
Il est placé en partie haute à l'entrée du nichoir, de même que le 2ème trou dans le couloir donnant accès à la chambre, pourquoi ?
Ce positionnement empêche ainsi les poussins de venir trop tôt à l'entrée du nichoir, ce qui serait le cas si les trous étaient placés au ras du plancher.
L'expérience nous a appris que les chutes précoces des poussins étaient fréquentes, lorsqu'ils attendent le retour des adultes " sur le pas de la porte ".
Nous avons donc modifié nos nichoirs en conséquence et placé les ouvertures en partie haute./font>
* Un nichoir " double " : pourquoi ?
Progressivement, avec l'expérience, nous avons élaboré un nouveau modèle de nichoir, un modèle " bi-place ", avec deux chambres de reproduction côté à côte, séparées par un couloir d'accès.
Plans nichoir Effraie bi-place
Plans nichoir Effraie bi place.pdf
notice d'assemblage illustrée d'un nichoir à Effraie

Précisons d'abord que ce modèle " double "  est bien destiné au même couple.
En effet, l'Effraie des clochers est une espèce dite " territoriale ", à la différence d'autres oiseaux que l'on dit " grégaires ", comme les pigeons par exemple ou les Corbeaux freux, qui se regroupent pour se reproduire. Une espèce territoriale défend son territoire et chasse hors de celui-ci des congénères de la même espèce.
Les abords du nid, le " cœur du territoire ", sont particulièrement défendus et le nichoir " double " sera donc bien occupé par le même couple.


MAIS ALORS POURQUOI CE MODELE DOUBLE ?
Certaines " bonnes années ", la femelle est en capacité de produire deux pontes à quelques semaines d'intervalle, (phénomène exceptionnel  chez un oiseau de cette taille). Cela arrive tous les 2, 3 ou 4 ans chez le même couple. Sans doute lorsque la femelle concernée est en bonne condition physiologique, que la nourriture a été abondante au cours de l'hiver précédent.

Mais pour élever cette 2ème nichée, la femelle a besoin d'un emplacement différent du premier. Pourquoi ?
Ce qu'il faut savoir, c'est que le séjour des jeunes au nid est très long chez cette espèce : la femelle couve environ 1 mois et les jeunes ne commenceront à savoir voler que 2 mois plus tard.
Lorsque la femelle est en état d'effectuer sa 2ème ponte, les jeunes de la 1ère nichée, sont toujours au nid et dérangent la femelle. C'est la raison pour laquelle cette dernière a besoin d'un lieu différent, pour pondre et couver à nouveau en toute tranquillité.
Le mâle aura alors la charge de nourrir à la fois la première nichée et la femelle qui s'est remise à couver.

Voilà donc l'intérêt, pour protéger efficacement l'Effraie des clochers, de lui mettre deux emplacements proches l'un de l'autre, mais distincts, pour se reproduire.

La 2ème ponte , un équilibre naturel
La 2ème ponte , un équilibre naturel

2 - Installer des nichoirs : attention à la fouine
La Fouine est bien répandue, elle fréquente les greniers, les granges et même les églises, dans les villages comme dans les villes. Dans la plupart des clochers que nous visitons, nous relevons des traces de présence sous forme de crottes, bien caractéristiques. Jusque dans les combles de la Collégiale à Mantes-la-Jolie, où elle met à son menu les très nombreux pigeons, leurs poussins et leurs œufs.
A ce titre, elle joue un rôle tout à fait appréciable, pour limiter la prolifération des colombidés souvent indésirables sur les bâtiments publics.

Ce petit mustélidé est un véritable acrobate des charpentes : il faut donc trouver une parade et installer le nichoir à Effraie hors de portée des crocs de la Fouine.


2 oeufs de pigeons mangés par la fouine, qui a consommé le contenu et abandonné les coquilles sur place.
Photo D. Robert
* Où installer des nichoirs
Les nichoirs sont installés en priorité dans les églises et autres monuments publics (avec la collaboration des élus municipaux), et dans les fermes, les granges, les hangars agricoles (avec l'aide des agriculteurs).
Les centres équestres, haras, pensions de chevaux sont également souvent nos partenaires, ainsi que divers propriétaires en milieu rural, golf, particuliers.
* Comment installer des nichoirs?
- Le cas des églises. Elles sont grillagées dans 90% des cas.

Nous prenons  toujours l'engagement, auprès des élus communaux, de ne jamais laisser les pigeons pénétrer dans les combles.

  • Une première visite du bâtiment permet de faire l'inventaire des ouvertures existantes, des diverses lucarnes de ventilation.
  • Nous choisissons une ouverture très haute, située en pleine muraille au-dessus du vide, éloignée de la toiture de la nef ou autre support fournissant un chemin d'accès extérieur à la fouine.
  • Faute de lucarne bien située, il reste une solution derrière les abat-sons du clocher, mais le nichoir mettra un peu plus de temps à être découvert.
  • Si on a le choix, la lucarne sera plutôt orientée au sud-est, à l'opposé des vents dominants.
  • Le nichoir est ensuite plaqué contre le mur, bien entendu à l'intérieur du bâtiment, directement derrière la lucarne.
  • Nous faisons une découpe dans le grillage, correspondant exactement avec l'entrée du nichoir.
  • Le grillage est replié, agrafé… pour ne pas être blessant dans ce qui devient le passage des chouettes. Il peut être renforcé, consolidé avec un cadre en bois… pour ne laisser en aucun cas les pigeons rentrer dans le clocher ou dans les combles.
  • Il peut arriver que nous fassions un tube en bois, de 50 ou 70cm de long…correspondant à l'épaisseur de la muraille. Ce tube de 15x20cm de section sert de couloir d'accès, depuis l'extérieur du grillage jusqu'à l'entrée du nichoir (sur lequel il est fixé).

Ce positionnement du nichoir a un avantage évident par rapport à la fouine : même si elle parvient au nichoir, par l'intérieur du bâtiment, il n'y a aucune ouverture lui permettant de rentrer dans la boîte.
- Le cas des bâtiments agricoles.

          Avec deux possibilités :

                le bâtiment est fermé (les chouettes ne peuvent pas renter  et voler à l'intérieur).

  • C'est souvent un hangar. L'agriculteur est complaisant et nous procédons exactement comme dans le cas de figure précédent, après avoir nous même créé une ouverture (15x20cm) qui n'existait pas.
  • Nous recherchons à l'intérieur du hangar, dans la partie haute, un support de charpente horizontal qui accueillera le nichoir.
  • Nous vérifions à l'extérieur qu'il n'y a pas d'accès ou de point d'appui pour la fouine.
  • Nous découpons l'ouverture à la disqueuse (tôle) ou à la scie (planches), pour faire correspondre avec l'entrée du nichoir.
  • Le nichoir est plaqué contre la paroi du hangar. Comme dans le cas de l'église, aucun prédateur venant de l'intérieur du bâtiment ne peut rentrer, pas plus que par l'extérieur, si le trou d'accès est suffisamment haut (et que le matériau est lisse, quand c'est de la tôle).
  • ATTENTION à la chaleur en été :
nous ne sommes plus derrière un mur en pierre très épais, mais derrière de la tôle ou de la planche de 2 cm : la température devient une fournaise en été et les jeunes sont alors en souffrance.
L'orientation cardinale dans un hangar sera plutôt choisie au nord, ou bien on intercalera une isolation thermique entre le nichoir et la paroi du hangar.


            le bâtiment est ouvert (les chouettes pénètrent en vol à l'intérieur).

Les Chouettes peuvent donc aller directement en vol jusqu'au nichoir.
Pas question de poser celui-ci (purement et simplement) sur une poutre ou un élément de charpente, la fouine s'y rendrait facilement.
  • Dans le cas d'une grange ancienne, nous positionnons le nichoir contre un mur (pierres scellées avec du torchis, glaise+paille), le plus haut possible en pleine muraille (7 à 8 m de hauteur), à la limite d'extension de notre échelle double. Deux tiges à béton enfoncées à la massette permettent de supporter le nichoir. Des fils de fers renforcent la tenue et la sécurité.
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Malgré toutes nos précautions, nous avons eu dans une vieille grange, une prédation avérée de la part de la Fouine, qui a réussi à sauter d'une poutre sur le toît du nichoir et à manger les grands jeunes, proches de l'envol.
Dans le nichoir, des crottes de Fouine d'une part et des noyaux de cerises, signent le passage du petit mustélidé. Les restes d'un cadavre d'Effraie sont également "parlants" : les rémiges primaires sectionnées, coupées, indiquent l'action des dents d'un carnivore.
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  • Dans le cas d'un bâtiment plus récent (en bois ou en tôle) nous suspendons le nichoir au dessus du vide, avec des fils de fers accrochés à la partie haute de la charpente (mais il est alors difficile à contrôler au moment de trouver un point d'appui pour l'échelle).
Pour cette raison, nous sommes parfois amenés à le poser sur un élément de charpente, mais nous rajoutons un dispositif anti-fouine, un bidon ou un tube en plastique, assez long, lisse et incliné vers le bas, qui produise un " effet-toboggan " et dissuade la fouine de s'y engager.
3 - Contrôle des nichoirs
Les nichoirs à Effraie sont contrôlés assez tardivement (à partir de fin juin), pour faire le bilan de la reproduction et compter les poussins.
Nous ne souhaitons jamais déranger une femelle sur des œufs, mais la possibilité d'une 2ème ponte chez l'Effraie, nous pose un problème particulier.
Les dates de reproductions sont très élastiques et même en août, voir début septembre, une femelle peut encore couver, des œufs ou des poussins en bas âge.

Une procédure de contrôle particulière est mise en place.
Pas question de laisser s'enfuir une femelle qui pourrait ne revenir qu'à la nuit tombée.

A chaque fois, nous bloquons l'adulte à l'intérieur, avec un système de planche coulissante (voir les plans du nichoir double); c'est seulement ensuite que la trappe de visite est ouverte pour jeter un œil à l'intérieur ; puis  les " chouettologues " se retirent sur la pointe des pieds, après avoir délicatement ré-ouvert le passage d'entrée, en prenant le temps qu'il faut.
L'Effraie est beaucoup plus " susceptible " que la Chevêche…
4 - Nettoyage des nichoirs
Les nichoirs occupés pour la reproduction font l'objet d'un nettoyage en automne :

  • Pour examiner la vieille litière : savoir s'il n'y aurait pas de restes de proies exceptionnelles, (nous avons déjà trouvé du rat surmulot) ; savoir s'il n'y aurait pas des cadavres de jeunes  Effraies (restes de pattes ou de becs) et donc ré-évaluer le bilan de la reproduction ; pour récolter des pelotes de réjection.
  • Pour remplacer cette litière afin de limiter l'accumulation et le développement des parasites d'une année sur l'autre (nous utilisons des copeaux de bois dépoussiérés, spécialement vendus comme litière pour chevaux).


Dernière mise à jour : mardi 6 novembre 2018
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