L' étude des pelotes en classe

" Séance-type ", proposée par Atena 78
Auteurs Dominique Robert et Patrice Urbina-Tobias
Matériel :
  • seau pour mettre les pelotes à tremper
  • 1 pelote par élève
  • papier journal sur les tables
  • papier absorbant, serviette en papier, sopalin
  • feuilles blanches
  • cure-dents en bois
  • pinces à épiler
  • colle en tube
  • pot à yaourt avec de l'eau
  • loupe manuelle
  • loupe binoculaire si possible
  • un grand sac poubelle
  • une petite boîte pour conserver les os (pellicule photo)
  • éventuellement gants en latex
3 fiches :
  • fiche squelette de micro-mammifère
  • clé de détermination des crânes
  • fiche de tri des crânes

La découverte par l'élève, du contenu de la pelote,
relie étroitement l'acquisition des connaissances
à l'expérience personnelle... la concentration
et l'intérêt se "conjuguent sur le bout des doigts"...
Photo D. Robert
Mais que mange donc la Chouette effraie ?
La réponse n'est pas annoncée à l'avance !

La logique pédagogique de ces Travaux Pratiques est de permettre aux élèves de découvrir
par eux-mêmes un régime alimentaire, par l'analyse du contenu des pelotes.

La réponse sera bien le RESULTAT de la séance.
Mise en place matérielle, Faire tremper les pelotes :
Impossible d'ouvrir une pelote sèche et dure, sans risquer de casser les os à l'intérieur : les pelotes sont donc plongées 15 minutes au préalable dans un seau avec de l'eau.
Préparer les tables dans la classe :
Devant chaque élève, on prend soin de recouvrir les tables avec du papier journal, sur lequel on dépose une feuille de papier blanc et une autre de sopalin (essuie-tout). Ce dernier absorbera une grande partie de l'eau de la pelote et le journal permettra de jeter tous les détritus de l'atelier en fin de séance.
Introduction

Il est toujours intéressant de commencer par montrer quelques pelotes sèches, dans l'état où elles ont été ramassées et  conservées, avant d'être mises à tremper.
Il est important d'expliquer leur " chemin " dans le tube digestif : elles ont remonté dans l'œsophage (ce qui leur donne leur calibre et leur forme), et ont été expulsées par le bec.
Cliquez pour agrandir l'imageUne pelote (sèche), telle qu'on la ramasse dans un grenier ou sur le lieu de reproduction, un nichoir.
Au moment de sa régurgitation, lorsqu'elle remonte par l'oesophage, elle est humide et molle et prend alors cette forme oblongue, à la fois cylindrique et allongée.

Photo D. Robert
Elles n'ont donc pas transité dans l'intestin, ce ne sont pas des crottes !

" OUF ! ce n'est que du vomis ! ",
Hé non, même pas ! Ce n'est pas du " vomis " non plus.

Rien à voir avec un repas en cours de digestion et expulsé bien involontairement, à la suite d'un embarras gastrique toujours désagréable.
Il est toujours utile en classe de bien faire la différence, " le vomis ", chez nous " humains ", c'est quand on est malade.
La pelote des oiseaux, elle, est expulsée, de façon normale et régulière, une fois la digestion opérée dans le gésier et après que les matières nutritives aient été récupérées. La pelote ne contient donc que les restes indigestes.

Les pelotes sont distribuées, à raison d'une par élève.
COMMENTAIRE :
Vis à vis des enfants (et de leurs parents au retour à la maison), il est important de préciser l'origine du matériel et sa nature.
On justifie également la présentation " humide " de la pelote pour réussir à l'ouvrir.
1 - OUVRIR LA PELOTE : DECOUVERTE DES OS
Consignes :
1- écarter, ouvrir la pelote et en extraire tous les restes osseux.
2- faire passer tous les os sur la feuille blanche.

La pelote placée sur la serviette en papier (pour absorber le trop plein d'humidité) est ouverte à l'aide des cure-dents en bois tenus dans chaque main.

Il est intéressant d'interroger sur la matière ainsi écartée : il s'agit des poils agglomérés (éventuellement des plumes) qui forment une sorte de " bourre " emprisonnant les os.
Petit à petit de nombreux os font leur apparition, humérus ou péroné, omoplate, bassin, tête, vertèbre, côte… et la curiosité s'aiguise. " C'est quoi, ça ? "

FIN de la première partie d'extraction des os de la pelotes.
Elle demande une bonne dizaine/quinzaine de minutes, suivant la maturité des élèves.
COMMENTAIRE :
Passés les premiers et inévitables " beurks ", à la vue de cette pelote toute mouillée, l'émulation prend vite le dessus dès les premières trouvailles.

Cette première partie " décorticage " est ponctuées de différentes remarques spontanées : " j'ai trouvé ceci, ou cela ".
Affirmations que l'on n'est pas obligé de corriger ou confirmer sur le champ, l'essentiel étant d'encourager à avancer dans l'extraction des os..
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Lorsque tous les os ont bien été extraits de la pelote, on se débarrasse du sopalin et du papier journal mouillé, avec les poils restants, en jetant le tout à la poubelle.

Il ne reste sur la table que la feuille blanche avec les os.
COMMENTAIRE:
" M'sieur, M'dame, j'ai trouvé une dent ! " ; le plus souvent, l'élève vient de trouver une mâchoire inférieure de rongeur, prolongée par sa longue incisive.
Les proies sont tellement petites, que l'élève s'imagine avoir affaire à une dent, alors qu'il s'agit du maxillaire inférieur.
2 - CONNAISSANCE DU SQUELETTE
Document 1 : FICHE SQUELETTE
fiche squelette rongeur
fiche squelette rongeur
A ce stade on commence à satisfaire la curiosité, en distribuant le dessin détaillé d'un squelette de rongeur (une fiche pour deux élèves lorsqu'ils sont assis à la même table).

Les os principaux sont agrandis et la détermination assez facile, suivant l'âge et la maturité des élèves bien entendu.

DESSIN AU TABLEAU
Un grand dessin de la mâchoire inférieure au tableau va aider à repérer cette partie osseuse (avec des dents), qui nous intéresse tout particulièrement avec les crânes.
COMMENTAIRE :
Certaines parties du squelette sont plus faciles que d'autre à identifier.

On peut donc attirer l'attention sur l'omoplate (la " palette "), ou sur l'os de la hanche (ceinture pelvienne) avec son trou caractéristique, ou encore sur les deux os associés tibia+péroné… de manière à faciliter la répartition des os sur la fiche de squelette.
Consigne 3 :
- placer les os sur le dessin correspondant

(à l'exception des crânes et mâchoires inférieures que l'on garde sur la feuille blanche.).
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Suivant l'âge des élèves, il est possible de " transposer ", de passer du dessin (la représentation graphique) à son propre corps, et de montrer où se trouve le tibia ou l'omoplate, l'humérus ou le bassin….

Pour terminer cette 2ème phase, il est possible de coller les os sur la fiche squelette. Qui ultérieurement pourra être conservée dans une chemise plastique transparente.
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3- IDENTIFICATION DES PROIES A PARTIR DES CRANES
Seuls les crânes (accompagnés des maxillaires inférieurs) restent sur la feuille blanche.

NETTOYER
A l'aide de la pince à épiler, on peut tremper les crânes dans l'eau du petit bocal à yaourt, puis avec le cure dent retirer les poils encore coincés à l'intérieur, rincer à nouveau… afin d'obtenir des crânes propres, dont les dents sont bien visibles.
Document 2 : Clé de détermination des crânes
En savoir plus télécharger :
clé de détermination des crânes
Seulement à ce stade on distribue cette nouvelle fiche (une pour deux élèves lorsqu'ils sont assis à la même table).

Présentation de cette clé : elle procède à partir de questions, étape par étape.
On peut faire lire à haute voix, successivement, chacune des questions, à un élève le moment venu.
COMMENTAIRE :
L'Effraie peut capturer à l'occasion de petits oiseaux, en particulier des moineaux.
En automne par exemple, les jeunes de l'année se regroupent le soir et forment de grands dortoirs dans un arbre, un buisson aux feuilles persistantes, dans du lierre… une opportunité pour l'Effraie, si elle découvre ce rassemblement nocturne.
1ère étape : OISEAU ou MAMMIFERE ?
Un bec ou des dents ?
Un crâne de passereau se caractérise par sa forme arrondie prolongée par un bec.
Cette catégorie de proie reste cependant peu fréquente et souvent il n'y a pas de crâne de moineau dans le lot décortiqué en classe. En prévision, il est intéressant d'avoir un spécimen dans une petite boîte et de pouvoir le faire circuler en classe.
Cette première étape donne lieu à des explications sur le mode de reproduction, distinguant les oiseaux des mammifères.
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Un crâne d'oiseau, avec un gros bec "courtaud", large à la base, typique des granivores : il s'agit à priori d'un crâne de Moineau domestique, tel qu'il a été extrait d'une pelote.
2ème étape : identification des mammifères.
Canines ou absence de canines

Cette connaissance du régime alimentaire d'un rapace nous amène à différentier les divers régimes des micro-mammifères eux-mêmes.
La Musaraigne (de différentes espèces, Musaraigne carrelet, Musaraigne musette...) est un insectivore : comme la taupe ou le hérisson elle possède des canines et son régime alimentaire s'apparente à celui d'un petit carnivore.

Les crânes (et maxillaires inférieurs) de Musaraignes étant particulièrement petits, il et tout à fait intéressant d'apporter en classe des crânes de gros carnivores, comme un chat, un chien, un renard, un hérisson, une fouine… la présence des " crocs " est alors tout à fait évidente et démonstrative.



3ème étape : absence de canines, j'ai affaire à un rongeur !

Certains mammifères n'ont pas de canines, leur régime alimentaire est végétarien, ils sont herbivores, granivores, frugivores…
Entre les incisives et les molaires, il y a un espace, le diastème, ce que l'on appelle " la barre ", chez le cheval
COMMENTAIRE :
Les Musaraignes sont le plus souvent négligées par les autres rapaces nocturnes. Les propriétaires de chats auront également remarqué que leur matou dédaigne ces petits mammifères au museau pointu, alors qu'il mange volontiers, souris, mulots et campagnols. Cela tient vraisemblablement au fait que  les musaraignes possèdent des glandes cutanées, dont la sécrétion fortement odorante joue un rôle de répulsif.
C'est donc une des particularités de la Chouette effraie de consommer régulièrement ces petits carnivores.

Il en résulte une diversité des restes osseux qui est d'autant plus intéressante à faire découvrir en classe.
De la même façon que précédemment, il est intéressant d'avoir de gros crânes de référence, de lapin en particulier assez facile à se procurer ; éventuellement de ragondin, rat musqué, écureuil… mais nous avons déjà vu en classe des crânes de vache, de cerf, de chevreuil, de mouton… rapportés par l'instituteur.

Généralement, avec les CP et CE1 (cycle 2 de l'école élémentaire), on s'en tient à ce stade de connaissance.
COMMENTAIRE :
Les rongeurs ont de longues incisives à croissance continue, pour compenser l'usure régulière de ces dents destinées à sectionner les végétaux.
Il est intéressant de sortir une incisive de sa loge dans la mâchoire et de montrer sa très longue racine.
3ème étape bis : j'ai affaire à un rongeur ! Mais lequel ?

Impossible de distinguer le Campagnol du Mulot, sans faire appel à une loupe (si possible de bonne qualité).
Seule la forme des dents permet de faire la différence, comme l'indiquent les dessins de la clé d'identification.
Donc la chose n'est pas si facile et l'on réserve cette étape et cette différentiation aux plus grandes classes (cycle 3 à l'école élémentaire et classe de 6ème en collège).

Les principaux crânes (et mâchoires inférieures) commencent à être reconnus, il s'agit de passer à une phase de classement plus rigoureux, qui va aider à mettre les idées en place et mémoriser.
COMMENTAIRE :
Les régimes alimentaires connaissent de grandes variations locales et saisonnières, mais dans les pelotes d'Effraie ont trouve en générale beaucoup plus de campagnols que de mulots.
4- CLASSIFICATION et BILAN
Document 3 : fiche de tri et classification.
Fiche de tri crânes
La fiche de tri crâne
Cette 3ème fiche est distribuée, mais cette fois à raison d'une par élève.

Consigne 4 :
- faire passer les crânes (et mandibules inférieures) de la feuille blanche sur la feuille de tri.
On reprend l'ordre de détermination et l'on fait glisser successivement les crânes d'oiseaux, de musaraignes et de rongeurs, qui viennent prendre place dans les cases respectives prévues à cet effet.
Avec les grandes classes (et si l'on est parvenu à un bon résultat, on distingue les mulots des campagnols).

Le moment est venu pour chaque enfant de compter le nombre de proies trouvées dans sa pelote, pour chaque catégorie.
- Combien d'oiseaux, de musaraignes, de rongeurs.
Chaque enfant écrit le chiffre dans la case correspondante sur sa fiche de tri.

Ensuite l'animateur de la séance fait le bilan à l'échelle de la classe et inscrit les résultats au tableau.
On procède par catégorie de proie.
Chaque élève énonce le chiffre correspondant à sa pelote. Ce petit recensement demande moins de 5 minutes.
Pour un lot de 25 à 30 pelotes distribuées et analysées en classe, les résultats globaux s'affichent au tableau.

Combien de proies trouvées par pelote ? le nombre total de proies est divisé par le nombre de pelotes, en général 3 à 4 proies par pelotes, lorsqu'il s'agit de " pelotes de jour ", les plus grosses.

Combien de proies par 24h ? " la pelote de nuit " étant plus petite, on estime à 5 ou 6 le nombre de proies consommées par jour (suivant la taille de la proie, une Musaraigne étant plus petite qu'un Campagnol).

Combien de proies en une année ?Sachant que les rapaces ne mangent pas toujours à leur faim (suivant les conditions météo parfois difficiles), on prend une hypothèse basse de 4 proies par jour sur l'ensemble de l'année, soit : 4x365=1460 proies
Près de 1500 proies, consommation moyenne d'un adulte sur l'ensemble de l'année

Combien de proies consommées pour un couple nicheur ?
Le couple d'adultes mange 1460x2= 2920 proies par an.
Ce couple élève 4 à 5 jeunes dans l'année.
On retient  l'hypothèse basse de 4 jeunes.
Ces jeunes naissent et commencent à être nourris en mai (en réalité beaucoup plus tôt chez la Hulotte).
Mais considérons même qu'ils ne mangent que 6 mois dans l'année, à raison de 4 proies par jour : 182 jours x 4 jeunes x 4 proies = 2912 proies.
Un couple avec ses 4 jeunes élimine donc 5832 proies, qui sont à 80 ou 85% des rongeurs, qui eux-mêmes sont des granivores.
Ce petit calcul effectué en classe permet à chaque élève de mesurer l'impact de la prédation d'un rapace nocturne sur la micro-faune.
Il est directement introductif à la notion de pyramide alimentaire, au sommet de laquelle se situe le prédateur.

Il se conclut par la place des Rapaces dans l'écosystème et leur rôle en tant qu'auxiliaires du jardinier et de l'agriculteur.


La séance terminée :
  • la feuille squelette, avec les os collés, peut être conservée sous une pochette plastique ;
  • tous les crânes (et mandibules inférieures) peuvent être conservés dans une petite boîte, pour être rapportés à la maison éventuellement, si l'élève le souhaite.


La séance se termine par un lavage soigneux des mains.
En savoir plus télécharger :
fiche régime alimentaire Effraie.pdf

Dernière mise à jour : lundi 1 juillet 2019
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